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Jeu en ligne : la dépendance peut être repérée tôt !


france2

le 9 novembre 2016 dans Tendances

Les jeux d’argent représentent une activité très rentable pour tous les sites qui les proposent (et qui font d’ailleurs tout pour garder longtemps les joueurs, ou les faire revenir le plus souvent possible). Leurs clients peuvent y laisser beaucoup d’argent, mais risquent également de devenir dépendants. Une dépendance qui peut nuire tant à leur santé mentale et physique qu’à leur vie sociale et professionnelle. Il existe d’ailleurs de plus en plus de consultations médicales destinées à aider celles et ceux qui veulent s’en sortir. Bien que relativement récente (par rapport à beaucoup d’autres), cette forme d’addiction fait déjà l’objet de multiples recherches. Un « profil » des joueurs de poker en ligne devenus accros vient d’être dressé par Amandine Luquiens et son équipe* parisienne.

Qui sont les joueurs à risque ?

Ces chercheurs ont collaboré avec un site de poker en ligne, afin de développer un moyen de repérer les comportements à risque, en couplant les données des comptes des joueurs à un outil de dépistage. Résultat : le candidat le plus à risque est un homme, âgé de moins de 28 ans, qui dépose de l’argent dès son inscription sur le site, qui perd en moyenne plus de 1,7 euro par session et qui participe à plus de 60 parties par mois. « Tous ces facteurs pris ensemble permettent d’identifier des personnes dont le comportement de jeu est problématique avec une sensibilité de 80 % », précise Amandine Luquiens. Et à tous ceux qui trouvent que le fait de perdre 1,7 euro n’a rien de très inquiétant, la chercheuse répond : « L’addiction n’est pas corrélée à la somme dépensée. D’ailleurs, seulement un tiers des personnes ayant un problème de jeu se retrouvent face à des difficultés financières. En réalité, c’est surtout l’envahissement temporel du jeu dans le quotidien qui illustre l’addiction, en particulier dans le domaine du poker. »
Pour arriver à ce constat, l’équipe a envoyé un mail à plus de 170 000 personnes inscrites sur le site de poker ayant accepté de les aider dans ce travail. Il leur était demandé de décrire leur comportement de jeu en répondant aux neuf points d’un questionnaire médical scientifiquement validé. Par exemple, « avez-vous parié plus que vous ne pouviez vous permettre de perdre ? », « avez-vous besoin d’augmenter le montant de vos paris pour conserver le même plaisir à jouer ? », ou encore « avez-vous déjà emprunté de l’argent pour jouer ? » Grâce à cela, les chercheurs ont estimé que 18 % des personnes ayant répondu présentaient une « addiction probable ».
Forts de ces résultats, ils comptent bien aller plus loin, et proposer cette méthode à l’Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel) puisque, dans notre pays, les sites de jeux et de paris en ligne sont placés sous son autorité. C’est elle qui délivre une licence aux opérateurs à condition qu’ils remplissent un ensemble d’exigences légales, dont celle de collecter des données. Les autorités de régulation pourraient, par exemple, proposer l’envoi d’e-mails de sensibilisation ciblés ou de conseils de modération aux joueurs dépistés, concluent les auteurs de ce travail. Une façon de protéger les utilisateurs et de favoriser le recours aux soins, qui sont souvent tardifs chez les personnes dépendantes.
* Inserm U1178 / université Paris-Sud, « Santé mentale et santé publique »

PAR ANNE JEANBLANC. Publié le 28/07/2016 à 15:07 | Le Point.fr.