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Être sérieux avec la liberté des joueurs


carte-joueur

le 4 décembre 2016 dans Tendances

Une carte joueurs ? C’est bien mal connaître ce public dont une partie se refusera à s’obliger à prendre une carte… au seul motif que sa liberté de joueur ne regarde personne ! C’est même une hérésie de penser que l’on pourrait encarter les joueurs, une mesure qui ressemble surtout à un tue-l’amour.

Il est assez simple et humain de comprendre qu’un joueur n’a nulle envie d’être identifié. Pourquoi ne respecte-t-on pas ce droit fondamental du joueur ? Les joueurs excessifs ne sont pas tombés de la dernière pluie : ils savent bien que le jeu est dangereux et “insécuritaire”, c’est, peut-être, aussi pour cela qu’ils l’aiment ce jeu qui sait aussi, parfois, rémunérer le risque ! Donc la mise sous fiche du joueur sera impossible à mettre en place, en raison de la résistance naturelle à cette dictature de la traçabilité. Le jeu est d’abord affaire d’évasion et de liberté ; il faut en revenir à l’essentiel : les joueurs ne sont pas des clients comme les autres puisqu’ils achètent un service qui les appauvrit et peut les faire souffrir mais, dans le même temps, les vitalise et leur apporte les gratifications narcissiques dont ils peuvent avoir besoin pour supporter plus facilement l’existence et lui donner des couleurs.

Voilà pourquoi c’est aussi une hérésie de penser qu’il suffirait de détecter des joueurs – à risque modéré, problématique, excessif… – pour avancer vraiment dans la question de la dépendance. Cette vue raccourcie de l’esprit qu’il suffirait de détecter pour orienter et pouvoir soigner est une illusion totale. Là aussi, on décide et on réfléchit à la place du joueur et ce n’est surtout pas avec les seules bonnes intentions angéliques que l’on avancera dans cette problématique complexe.

Il serait d’ailleurs temps d’évacuer cette pensée automatique qui associe les joueurs dépendants à des malades, ce qui renvoie de suite au monde du soin. Ces joueurs doivent aussi être vus comme des êtres singulièrement humains qui se sont laissé emporter, embarquer, par les passions à jouer mais aussi les malices du jeu, ses petites perversions secrètes qui font, par exemple, qu’une perte est d’abord un encouragement à… poursuivre… et qu’un gros gain est souvent très déstructurant !

C’est vers une responsabilisation accrue
des joueurs qu’il faut tendre et cela passe déjà par une information complète sur le “gambling”, un produit à part qui a cette redoutable capacité à “faire du bien” et à “faire du mal” en même temps…

Pierre Perret. Fondateur de l’Institut du Jeu Excessif 

Publié dans « Paris Turf » du dimanche 27 novembre 2016